Faire attention aux signes : le voisin inquiétant

Bonjour à tous !

Croyez-vous aux signes ? Il arrive que la vie nous envoie des messages pour nous confirmer que nous sommes sur la bonne voie et qu’il faut persévérer. Mais, elle peut également provoquer des situations pour nous mettre en garde, comme pour dire : Hé, ce job n’est pas fait pour toi ! Ne prends pas cette maison ! ou encore Méfie-toi de cette personne ! Seulement, nous voulons tant ces choses que nous fermons les yeux. Et, attention aux conséquences.


I

Sceaux, en région parisienne. Accompagnée de sa mère, Claudia, Stéphanie se présente à l’adresse donnée par l’agent immobilier pour visiter un studio. Si le logement plaît à la jeune femme, elle pourra signer le contrat de bail dans la foulée. Madame Flaurent les invite à la suivre dans un passage. Etroit et encadré par un fleuriste et une boutique de vêtements, il est si discret qu’on peut le manquer. Elles s’arrêtent devant une porte et Madame Flaurent tape le digicode, leur donnant ainsi accès à un hall contenant les boîtes aux lettres des locataires. Elles le traversent et se retrouvent dans une petite cour bordée d’immeubles à deux étages. L’endroit est paisible. Bien que la rue commerçante soit à quelques pas, on n’entend aucun bruit, aucune voiture. Les trois femmes pénètrent dans l’immeuble situé sur leur gauche. Elles montent les marches et l’agent immobilier s’arrête au premier étage. Stéphanie fronce les sourcils. Le palier est minuscule et, surtout, il y a une seule porte. Il n’y a qu’un logement par étage. Cela la gêne un peu. Elle serait donc seule dans l’immeuble avec les habitants du dessus. Elle balaie rapidement cette sensation. Attends de voir le studio.

– Entrez, invite Madame Flaurent avec un sourire, après avoir ouvert la porte.

Avec un studio de vingt mètres carré, la visite ne dure pas longtemps. A gauche de l’entrée, la pièce principale offre un lit en mezzanine et un coin cuisine, ainsi qu’une salle d’eau, équipée d’une douche et d’un minuscule lavabo. Les toilettes se trouvent à droite de l’entrée. Le logement est petit, mais mignon. Tandis que l’agent immobilier expose les clauses du contrat de bail, elle est interrompue par la voix de Mylène Farmer qui explose depuis l’appartement du dessus, accompagnée d’une voix étrange. S’agit-il de celle d’un homme ou d’une femme ? Stéphanie ne saurait le dire. Madame Flaurent lève les yeux au plafond, et reprend où elle s’est arrêtée. Puis, des pas lourds se font entendre. Claudia se montre inquiète.

– C’est toujours comme ça ? demande-t-elle. Elle n’obtient qu’une réponse évasive de l’agent immobilier, ce qui renforce son malaise.

Le contrat de bail signé, les trois femmes échangent quelques mots sur la pluie et le beau temps. Puis, Madame Flaurent prend congé.

– T’as entendu la personne du dessus ? demande alors Claudia. « Elle paraît bizarre. »

– Oui, euh…

Stéphanie hausse les épaules. En fait, elle n’y a pas trop prêté attention. A 29 ans, il est grand temps qu’elle prenne son indépendance, qu’elle ait son chez elle (encore un peu et on va l’appeler Tanguy), et ce logement rentre dans son budget. En banlieue proche de Paris, les loyers sont élevés – surtout dans des villes comme Sceaux, qu’on pourrait presque qualifier de « riches » – et la jeune femme touche un salaire qui ne lui permet pas de faire la difficile. Elle aurait probablement pu trouver un logement plus grand, dans une ville moins chère. Seulement, elle se sent bien ici, en sécurité. Les rues sont propres, l’environnement agréable. Situé dans une rue commerçante, près du parc, et à huit minutes à pied de la gare, le studio bénéficie d’un emplacement idéal. Ce n’est pas Mylène Farmer et son – ou sa – choriste qui vont l’enquiquiner.


II

Peu de temps après son emménagement, alors qu’elle sort de l’immeuble avec son compagnon, Stéphanie croise pour la première fois le voisin du dessus. Elle peine à masquer sa surprise. Grand, tout de noir vêtu, il porte un long manteau rappelant une cape de vampire et sa bouche est couverte de rouge à lèvres noir. L’ensemble contraste avec ses cheveux courts tirant vers le jaune. L’homme, qui semble avoir à peine la trentaine, les salue avec un sourire dévoilant des dents jaunies. Un sourire inquiétant.

– Ton voisin n’est pas net, fait remarquer Olivier sans détour.

Stéphanie ne répond pas, mais l’inquiétude s’immisce en elle. La phrase de sa mère lui revient à l’esprit. Elle commence alors à redouter d’être seule dans le bâtiment avec cet homme.

Très vite, elle réalise que sa mère avait raison. Le weekend, le voisin diffuse Mylène Farmer à pleine puissance durant des heures, fenêtres ouvertes. La musique résonne dans les oreilles de Stéphanie, lui donnant presque la migraine. Elle est certaine que tout le voisinage entend le vacarme. Pourtant, à son grand étonnement, personne ne semble se plaindre. Pour couronner le tout, l’homme fait tant de bruit lorsqu’il emprunte les escaliers – comme s’il tapait des pieds – qu’elle a l’impression qu’il fait exprès.


III

Un soir, vers 20 heures, Stéphanie entend le voisin monter l’escalier menant au premier étage. POM! POM! POM! POM! Elle lève les yeux au ciel. Quel connard. Soudain, au lieu de continuer vers le second escalier, les pas s’arrêtent. Elle se fige, les yeux écarquillés. Il est devant ma porte ! Un sentiment de panique s’empare d’elle. Pourquoi s’est-il arrêté ? La porte est dénuée de judas, elle ne peut pas voir ce qu’il fabrique. Essaie-t-il d’écouter ce qu’elle fait ? A-t-il l’intention de défoncer sa porte ? En bois, elle n’est pas épaisse et ne semble pas très solide. Un seul coup de pied asséné avec force pourrait la faire céder. Le coeur battant, Stéphanie a les sens en alerte. Elle sait qu’il est là. Un couteau, est-ce qu’il faut que j’aille chercher un couteau ? Elle ignore depuis combien de temps elle est debout, immobile, mais cela lui semble durer une éternité. Puis, les pas reprennent pour monter jusqu’au deuxième étage. Stéphanie pousse un profond soupir, soulagée. Pourtant, cette nuit-là, elle ne trouvera pas le sommeil. Car si l’homme venait défoncer sa porte en pleine nuit, elle ne pourrait pas se défendre.


IV

Quelques jours plus tard, excédée par la musique à fond qui gâche son weekend une fois de plus, Stéphanie attrape son balai et frappe le plafond avec le bout. Elle pense que le voisin va baisser le volume. Au lieu de quoi, il lance :

– Ta gueule, connasse !

L’homme n’a pas l’air de vouloir se montrer conciliant. Stéphanie comprend alors que si elle reste dans ce studio, il risque de la rendre dingue.


– Il t’a traitée de connasse ? Je vais lui dire deux mots, décide Olivier. Stéphanie vient de lui raconter l’histoire, il est remonté.

– Qu’est-ce que tu comptes faire exactement ?

Stéphanie ne veut pas que la situation tourne à la bagarre. Elle vit seule et elle craint des représailles de la part du voisin. Olivier monte au deuxième étage et frappe violemment à sa porte, à plusieurs reprises. Personne ne vient lui ouvrir. Il redescend chez Stéphanie.

– Il ne répond pas.

– Il n’est peut-être pas là.

– Si, il est là, mais il ne veut pas ouvrir. Je repasserai plus tard.

Alors qu’il quitte l’immeuble, le jeune homme entend :

– C’est toi qui frappes à ma porte comme ça ? T’es malade !

Olivier se retourne, puis lève les yeux. Le voisin l’observe depuis sa fenêtre.

– Descends ! explose-t-il, en réalisant que le voisin est trop lâche pour ouvrir la porte. « Tu t’en prends à une femme, t’as pas honte ? Descends ! »

Si Stéphanie est fière et flattée que son compagnon prenne sa défense, elle se sent aussi accablée par la tournure des événements.

Le ton monte de plus en plus, les hommes s’insultent. Soudain, le voisin mime l’acte de trancher la gorge. Loin d’être impressionné, Olivier l’attend de pied ferme. Et puis, il sait que le voisin tente seulement de l’intimider. Au bout de quelques secondes, comprenant qu’il perd son temps, il finit par tourner les talons.

Ces événements ont mis les nerfs de Stéphanie à rude épreuve. Elle dort mal et vit dans l’angoisse. Dans l’angoisse de croiser le voisin dans les escaliers, de le trouver devant sa porte le soir en rentrant du travail. Cela ne peut plus durer. Elle doit se résoudre à quitter cet endroit et vite. Ce qui signifie retourner chez ses parents. Mais entre sa sécurité et son indépendance, le choix est vite fait.


V

Quelques jours plus tard, Olivier emprunte le passage menant chez Stéphanie. Le voisin, qui vient de quitter l’immeuble, arrive face à lui. L’occasion est trop belle. De sa carrure imposante, il lui barre le chemin. Puis, il approche son visage du sien, les yeux lançant des éclairs, et prend un ton menaçant.

– Toi, écoute-moi bien. Tu laisses ma copine tranquille, t’as compris ? T’AS COMPRIS ?

Le voisin ne bronche pas. Aucun son ne franchit ses lèvres. Olivier s’écarte alors et reprend sa route.

– Je crois que ton voisin ne t’embêtera plus, annonce-t-il à Stéphanie. Il lui raconte leur face-à-face dans le passage. La jeune femme reste perplexe :

– On verra bien.

A l’évidence, le message d’Olivier est bien passé. Les jours suivants, le voisin se tient à carreau, à la grande surprise de Stéphanie. Elle se demande même s’il ne s’est pas absenté quelque temps. Mais, elle a déjà pris sa décision. Après tout ce qu’il s’est passé, vivre ici ne l’intéresse plus.


VI

Quelque temps plus tard, en pleine nuit, un autre fait survient. Ploc, ploc, ploc ! Un bruit de gouttes qui tombent. Stéphanie se dirige vers la salle d’eau. En y entrant, elle découvre qu’un filet d’eau s’échappe du plafond, il y a une fuite qui vient de l’appartement du voisin ! Très vite, le sol est inondé. Elle débranche les appareils électriques. Vu le malaise que l’individu lui inspire, frapper à sa porte est impossible. Elle se demande d’ailleurs s’il ne s’agit pas d’un acte délibéré, d’une sorte de vengeance, alors elle préfère éviter de se jeter dans la gueule du loup. Mais, en même temps, peut-il être assez fou pour laisser délibérément l’eau couler pendant des heures ? Il est quatre heures du matin. Elle attrape son portable et compose le numéro du propriétaire, mais son appel reste sans réponse. A cette heure, il dort, forcément. Paniquée, elle s’habille rapidement, sort du studio et descend les escaliers. Elle se rend chez le propriétaire. L’homme possède plusieurs maisons, dont une au bout de la cour. Elle espère l’y trouver. Elle tape à la porte, gênée à l’idée de le réveiller, mais personne ne répond. Merde ! Elle retourne dans le studio et observe l’étendue du sinistre. Que faire ? Appeler les pompiers ? Elle n’ose pas. Elle ne souhaite pas être celle qui fera réveiller tout le voisinage. Elle décide alors d’attendre que le jour se lève pour rappeler le propriétaire. D’ici là, l’eau aura peut-être cessé de couler.


VII

Stéphanie apprend quelques jours plus tard que le fan de Mylène Farmer avait oublié de fermer le robinet de sa baignoire. Elle apprend également que des voisins se sont déjà plaints de son comportement, notamment auprès du propriétaire. En vain. Il semble que sa mère, juriste à ce qu’il paraît, exerce une certaine influence. Avec un immense soulagement, la jeune femme rend les clés du studio à l’agence immobilière peu de temps après. L’année suivante, elle trouve un logement plus grand, plus beau et avec… des voisins sympathiques.


NOTE

Aviez-vous deviné qu’il s’agit de mon histoire ? Seuls les prénoms Claudia et Olivier ont été changés. Aujourd’hui, lorsque je repense à ces événements qui datent d’une dizaine d’années, une phrase me vient à l’esprit : ma mère avait raison. Et puis, cette sensation de gêne que j’ai ressentie au départ… Les signes étaient là, mais je voulais tant ce studio que j’ai choisi de les ignorer. Quelque soit votre situation, faites attention aux signes !

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